Présidentielle invalidée au Kenya: Kenyatta en désaccord, repecte cette décision

Les supporters de Raila Odinga sont sortis dans la rue dès l'annonce de la décision de la Cour suprême, Nairobi, au Kenya, le 01 septembre 2017.
Les supporters de Raila Odinga sont sortis dans la rue dès l’annonce de la décision de la Cour suprême, Nairobi, au Kenya, le 01 septembre 2017.

La Cour suprême kényane a invalidé l’élection présidentielle du 8 août dernier, remportée par le chef de l’Etat sortant Uhuru Kenyatta. Une décision surprise. La Cour ordonne la tenue d’un nouveau scrutin avant 60 jours. Suivez l’évolution de la situation en direct.

13h15 : On ne sait pas pour l’instant sur quels éléments exactement se sont basés les juges pour parvenir à cette décision, on le saura quand ils donneront leur jugement final dans plusieurs jours. Deux juges ont cependant tenu à faire publiquement part de leurs désaccords. Les débats ont donc été houleux ces derniers jours.

13h00 : Lors de ce scrutin, la pression était forte sur la toute nouvelle Commission électorale, baptisée IEBC, mise en place seulement en début d’année et qui avait choisi un nouveau système électoral avec reconnaissance biométrique et transmission des résultats par Internet. Pression d’autant plus importante que le chef informaticien de l’IEBC avait été assassiné sauvagement une semaine seulement avant le vote. D’ailleurs après le vote, l’opposition avait dénoncé la pire triche de l’histoire du pays après un piratage informatique des serveurs de l’IEBC. Mais finalement, la Cour a plutôt pointé la transmission des résultats. La centralisation des procès-verbaux papier a effectivement pris du temps et la Commission électorale avait d’abord refusé qu’on accède à ses serveurs informatiques. Un membre de l’IEBC dit qu’en 2013, l’opposition avait porté plainte devant la Cour suprême qui à l’époque avait confirmé la victoire d’Uhuru Kenyatta. « Les juges veulent se racheter. Des magistrats avaient besoin d’être vus comme indépendants vis-à-vis du pouvoir », confie cette source. Pour lui, « ça fait mal que l’élection soit annulée à cause d’un problème de transmission. Maintenant s’il faut refaire un vote pour sauver le pays et sauver des vies, on le fera », dit-il.

12h45 : Selon notre correspondante à Nairobi, des milliers de partisans de Raila Odinga fêtent actuellement la victoire dans les rues, dans les quartiers acquis à l’opposition d’abord, dans les bidonvilles de Kibera, de Mathare, et de Kawangware. « On klaxonne, on chante aux cris de Tibim, révolution, le mot d’ordre de l’opposition durant la campagne. Mais on brandit également des branches d’arbres, on court vers les grandes artères de la capitale. Beaucoup sont également rassemblés aux abords de la Cour suprême, où depuis quelques jours les partisans de Raila Odinga se rassemblaient pour prier. De nombreux camions de police étaient visibles ce matin dans la capitale. C’est en tout cas l’incrédulité et la surprise qui règnent à Nairobi comme dans les différentes chancelleries, personne ne s’attendait à un tel verdict et tout le monde attend la suite, avec joie pour certains et anxiété pour d’autres ».

12h30 : Réaction de la Commission électorale au Kenya qui prend note de la décision de la Cour suprême et des trois points sur lesquels elle se base pour annuler les élections. « Nous notons surtout que les irrégularités mises à jour par la cour portent sur la transmission des résultats, et non sur le vote et de le décompte. La volonté des Kényans a donc été respectée. Nous allons procéder à des changements de personnel et nous nous engageons à conduire de nouvelles élections en accord avec la Constitution ». L’IEBC appelle tous les bords politiques à la mesure et elle demande à la Cour de publier rapidement la totalité du jugement.

12h20 : Première déclaration du président sortant Uhuru Kenyatta. Il prend acte de la décision, fait part de son désaccord, mais annonce qu’il la respectera. Il déclare encore que son camp est prêt à de nouvelles élections.

« Il est important pour nous, Kényans, d’être respectueux de la règle de droit. Je ne suis pas d’accord à titre personnel avec la décision qui a été rendue, mais je la respecte autant que je suis en désaccord avec elle. Je le répète je suis en désaccord avec elle, parce que des millions de Kényans ont fait la queue, ont fait leur choix, et six personnes ont décidé qu’elles iraient contre le choix du peuple. »

12h15 : Invité de l’émission spéciale à venir à 12h30 sur RFI, le politologue béninois Mathias Hounkpè. Pour lui, cette décision peut faire tache d’huile sur le continent : « Les pays africains apprennent très vite les uns des autres. Le Kenya vient de montrer que la Cour suprême a simplement besoin d’éléments objectifs pour prendre des décisions. Cet évènement pourrait inspirer beaucoup d’autres pays ». Par ailleurs, « les cours n’inspirent pas confiance aux candidats opposants en Afrique, ce qui vient de se passer est donc très important. Petit à petit, nous posons les pierres pour la construction de l’édifice démocratique en Afrique ». Enfin sur les précédents : « Il y a déjà eu des annulations partielles de bureaux de vote ou de régions. C’était par exemple le cas pour l’archipel de Zanzibar en Tanzanie en 2015. Mais l’annulation d’une élection présidentielle est un évènement unique en Afrique ».

11h55 : Pour rappel, peu de temps après le scrutin, les observateurs internationaux avaient estimé que l’élection s’était déroulée sans « fraudes massives ». Que ce soit l’Union africaine, l’Union européenne, la Fondation Carter ou encore John Kerry, personne n’avait remis en cause les résultats du scrutin à part l’opposition.

11h35 : Selon un responsable proche de la présidence, une déclaration d’Uhuru Kenyatta, chef de l’Etat sortant dont la réélection est invalidée, est attendue dans l’heure.

11h30 : #kenyadecides, ce sont près de 2 500 tweets en moins de trois heures.

11h05 : Au Kenya, la chaîne de télévision NTV est en « breaking news » depuis l’annonce de la Cour suprême et l’on peut voir sur ses images les foules réunies dans plusieurs endroits du pays pour célébrer cette « victoire » judiciaire de l’opposition.

10h54 : Première réaction sur Twitter de la Commission électorale (@IEBCKenya) directement mise en cause. Elle annonce qu’elle prépare sa réponse et tiendra un point presse à 11h30 (TU).

10h45 : Dans sa décision, la Cour suprême met en cause directement la Commission électorale qui a « échoué, négligé, ou refusé » de conduire les élections en accord avec la Constitution. Le juge président indique que des irrégularités ont été commises dans la transmission des résultats.

10h30 : Voici un extrait de la première déclaration de Raila Odinga : « Pour la première fois, dans l’histoire de la démocratisation de l’Afrique, un jugement a été fait par une Cour pour dénoncer l’irrégularité de l’élection d’un président. C’est un jugement sur un président qui est en poste. Je veux profiter de cette opportunité pour remercier les juges de la Cour suprême pour avoir fait ça pour la postérité. Deuxièmement, je voudrais remercier nos avocats, notre équipe d’avocats pour avoir travaillé tard la nuit, travaillé sans compter leurs efforts pour préparer notre dossier. Je voudrais remercier une autre équipe, de jeunes Kényans dévoués qui ont travaillé sans dormir pour réunir les preuves utilisées par nos avocats dans ce dossier. C’est un triomphe. Nous avions dit au début que notre voyage vers le pays de Canaan, notre terre promise, était impossible à arrêter  ».

Source : RFI

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